Cette étude aborde le roman Jeannette Seconde ou la nouvelle paysanne parvenue de Pierre-Alexandre Gaillard (dit Gaillard de La Bataille) (1708–1779) publié en 1744. Ce roman s’inscrit dans la lignée de grands romans-mémoires des années 1730. Il raconte l’ascension sociale d’une pauvre paysanne devenue la duchesse de Camilli. Notre hypothèse stipule que la réussite de l’ascension sociale de Jeannette est plutôt due à son amour-propre, qui reste une passion négative selon le discours de l’époque, mais qui permet aussi de valoriser toutes les potentialités de l’individu et son pouvoir de s’affirmer par ses propres qualités quel que soit son rang social. Il s’agit de montrer comment Gaillard de La Bataille fait de l’amour-propre, de la vanité et de l’orgueil, une puissance d’affirmation sociale qui motive les actions de son héroïne et qui l’incite à agir dans son propre intérêt. Dans ce sens, l’amour-propre n’est plus considéré depuis le XVIIIe siècle comme un sentiment négatif, mais plutôt comme un moyen d’apprentissage et de reconnaissance sociale qu’il faut cultiver pour se mettre en valeur et dépasser les préjugés sociaux.